vendredi 21 novembre 2008

Lettre à l'IG d'H & G

Lettre à l’Inspection générale d’histoire et de géographie.
Copie aux ministres de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur et de la recherche

Monsieur le doyen de l’Inspection générale, Mesdames et Messieurs les inspecteurs généraux d’histoire et de géographie,

Au moment où de très nombreux enseignants se mobilisent et protestent contre la précipitation avec laquelle est menée la mise en place de la « masterisation » de la formation et des nouvelles dispositions pour le recrutement des enseignants afin de défendre une formation et un recrutement efficaces et d’un niveau scientifique élevé, nous, enseignants et chercheurs d’histoire et de géographie exprimons notre inquiétude et notre opposition à certaines dispositions prévues pour les épreuves des concours, dispositions que nous considérons comme contraires à l’objectif d’un recrutement de qualité. Ces points ne sont évidemment pas exclusifs d’autres points très importants comme la défense du caractère national des concours et l’exigence d’un vrai temps de formation professionnelle pour les néo-titulaires, mais les dispositions que nous contestons concernent plus spécifiquement nos disciplines, l’histoire et la géographie, et leur enseignement. C’est à ce titre que nous nous adressons à vous :

1/ nous tenons avant tout autre chose à réaffirmer avec force l’importance de nos disciplines, l’histoire et la géographie, dans la formation des élèves et leur indispensable enseignement tout au long de leur scolarité, pour ce qu’elles apportent d’irremplaçable pour la formation scientifique, culturelle et citoyenne des élèves

2/ il faut maintenir dans la formation et le concours la parité entre histoire et géographie ; pour l’histoire et la géographie l’idée d’une majeure et d’une mineure évoquée dans les textes ministériels est impraticable et néfaste, les deux disciplines étant, jusqu’alors, enseignées à parité

3/ l’ensemble des programmes scolaires du secondaire (collège, lycée et… des classes post-bac !) ne saurait constituer le programme du concours. Comment peut-on croire sérieusement qu’un-e candidat-e pourra acquérir la maîtrise (d’un niveau licence…) de l’histoire de l’Antiquité à nos jours et de la géographie dans tous ses domaines ! Nous demandons, un programme restreint, en histoire et en géographie, et ce, même si on peut souhaiter que ces programmes de concours soient allégés (moins de questions ? « questions tournantes » ?,…) par rapport à l’existant et qu’ils soient plus proches dans leur formulation des intitulés des programmes scolaires. Seul de tels programmes peuvent permettre un réel travail d’acquisition approfondi et réfléchi sur les questions retenues. En outre, la dimension réflexive apportée par l’histoire et l’épistémologie des deux disciplines doit être une dimension indispensable du concours (à l’écrit et/ou à l’oral en fonction des modalités précises qui seront retenues pour les épreuves). Ces programmes de concours ne doivent pas sacrifier certaines périodes ou domaines de nos disciplines.

4/ nous pensons que toute épreuve orale qui se voudrait « pédagogique ou didactique » (« leçon ») ne peut, en dehors de toute pratique réelle de classe, que devenir à terme un exercice vide et formel. Si une telle épreuve était mise en place cela signifierait aussi l’exclusion de fait de la plupart des universitaires de la préparation et des…jurys d’oraux ! Il faut être sur ce point très clair, le ministère a choisi de supprimer l’année de formation professionnelle en alternance pour les lauréat-e-s du concours pour des raisons budgétaires, il ne saurait être question d’essayer de trouver un substitut à cette formation professionnelle avec les « stages » de master (d’ailleurs non obligatoires pour passer le concours...). Aucun stage, aussi long soit-il ne peut remplacer la pratique de classe en responsabilité et la réflexion avec des formateurs sur cette pratique. Vouloir faire croire le contraire est une dangereuse illusion et une duperie pour les étudiant-e-s. Concernant l’oral, les leçons de l’échec cinglant de la première mouture de l’épreuve dite professionnelle de 1992 (stages dans les classes avec « fiches d’observation » et interrogation orale sur ces fiches) n’ont visiblement pas été tirées. Les contenus de/des épreuves orales ne sauraient être des « simulations » de leçon et doivent rester des exercices de choix, de problématisation, d’organisation de contenus disciplinaires - qui comprennent également les contenus des programmes scolaires- et de réflexion sur ceux-ci.

5/ nous nous étonnons beaucoup qu’ait été retenue une épreuve orale de connaissance du système éducatif comme deuxième épreuve orale d’admission et qu'un poids exorbitant du fait de son coefficient lui soit accordé. Nous refusons en outre la présence dans les jurys de « membres de la société civile », qui ne soient pas des personnels d’enseignement et de formation de l’Éducation nationale. Cette épreuve, telle qu’elle est prévue, n’a pas sa place dans le concours, elle aurait pu être plus utilement intégrée dans la formation, au titre d’un pré-requis par exemple.

Nous espérons que celles et ceux qui vont assurer dans les années à venir la formation et – peut-être ?- le recrutement des enseignants de nos disciplines seront entendus et que les épreuves du futur concours seront redéfinies en tenant compte de l’avis des acteurs concernés.

Veuillez agréer, Monsieur le doyen, Mesdames et Messieurs les inspecteurs généraux, l’assurance de nos respectueuses salutations,

NB. Une copie de cette lettre est adressée aux ministres de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur et de la recherche.
Si vous êtes d’accord avec ce texte vous pouvez envoyer un mail avec votre signature à l’adresse : lettre.ighg@club-internet.fr